le jardin au Moyen Âge

Dans le cadre de l’Histoire des Art – Art des jardins, le Manoir de Merlin, monument historique, patrimoine de proximité vous propose de découvrir le jardin au Moyen Âge d’un monument civil.

Le jardin médiéval au temps de Charlemagne

Le capitulaire De Villis est un acte législatif (capitulaire) datant de Charlemagne (vers 812). Ce texte est surtout connu pour la liste d’une centaine de plantes qui figurent dans certains articles (capitules). C’est ainsi que 94 plantes (73 herbes, 16 arbres fruitiers, 5 plantes textiles et tinctoriales) devaient être cultivées dans les jardins royaux.

« Nous voulons que l’on cultive dans le jardin toutes les plantes, à savoir : lis, roses … sauge, rue, concombres, melons, gourde … cumin, romarin, carvi, pois chiche… iris, estragon, anis, coloquinte, chicorée amère … laitue, nigelle, roquette… menthe pouliot … persil, ache, livèche … aneth, fenouil … moutarde, sarriette, nasitort, menthe, menthe sauvage, tanaisie … grande camomille, pavot … guimauve, mauve, carotte… arroche, blette, chou-rave, chou, oignons, ciboulette, poireau, radis, échalote, cive, ail, garance, cardon, fève, pois, coriandre, cerfeuil, épurge, sclarée.

Et que le jardinier ait au-dessus de sa maison de la joubarbe.

Ainsi, pour la première fois, nous connaissons l’organisation des jardins avec trois sortes de jardins différents :

  • L’ herbularius ou jardin des simples réservé aux plantes médicinales, aromatiques et condimentaires, pour la simple raison que la plupart des plantes alimentaires sont aussi des remèdes
  • L’ hortus ou potager réservé aux légumes
  • Le verger, viridarium, où croissent les arbres à fruits tels que noyer, noisetier, pommier, poirier, prunier, sorbier, néflier, châtaignier, pêcher, cognassier, amandier, mûrier, laurier, pin, figuier, cerisier.

L’apport des croisades dans le jardin médiéval

Revenus de l’Orient, les croisés introduisirent en Europe la culture des fleurs comme elle se pratiquait chez les musulmans : Lilas de Perse, Tulipes de Turquie, Rose de Damas.

Les croisés découvrirent également en Orient des plats parfumés avec des épices cultivés sur place ou importés d’Asie. Mais le climat en Europe ne permettra pas la culture de ces épices.

Le jardin médiéval, jardin utilitaire, devient un jardin d’agrément : le jardin des cinq sens (la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher, le goût). Une des plus belles illustrations de ce jardin est la série des six tapisseries de la dame à la licorne. Une copie de l’une de ces tapisseries est visible au Manoir de Merlin. Il s’agit d’une très belle tapisserie aux mille fleurs représentant « l’ouïe ». Sur la pelouse fleurie de la dame à la licorne poussent pour le plaisir de la vue et de l’odorat de nombreuses fleurs.

La place du jardin médiéval dans le paysage

Le jardin médiéval est un  jardin clos, l’hortus conclusus.  Il se situe aux abords ou dans l’enceinte d’un monument issu de l’époque médiévale: château-fort, manoir, abbaye, monastère, prieuré… Le jardin médiéval est connu grâce aux enluminures qui ne représentent pas que des espaces symboliques.

Le jardin médiéval est un jardin d’agrément avec un puits ou une fontaine, des bancs, des allées, des tonnelles…

Les plantes sont cultivées dans des carrés ou des rectangles de terre, le plus souvent rehaussés entre des planches de bois, des plessis (tressage de branches de saule ou de châtaignier).

Quelles sont les plantes du jardin médiéval ?

Les plantes d’un jardin médiéval sont toutes les plantes sauvages ou cultivées connues en Europe au Moyen Âge. Certains manuscrits enluminés peuvent être considérés comme les herbiers du Moyen Âge.

Le jardin du Manoir de Merlin est-il un jardin médiéval ?

Comme tous les jardins médiévaux de France, il faut parler d’un jardin d’inspiration médiévale. Ce jardin a été créé à partir de 2006 autour des bâtiments du Manoir. Ce jardin propose de découvrir l’utilisation des plantes au Moyen Âge.

Il s’intègre dans un paysage de bocage autour d’un monument civil. Il met en valeur la nature où les paysans cueillaient les plantes sauvages au Moyen Âge.

L’histoire locale, une source d’inspiration pour le choix des végétaux.

Le Roi de France Charles VIII vient d’envahir la Bretagne. La Duchesse Anne accepte d’épouser son vainqueur en décembre 1491. Elle quitte Rennes pour rejoindre son nouvel époux à Langeais. Elle passe à Saint-Christophe, laissant son nom au chemin. L’ancienne voie romaine devient un grand  chemin royal  « le chemin de la Reine Anne».

Le 14 mars 1508, la Reine Anne écrit « … à notre cher et bien aimé Jehan Bourdichon,  peintre et valet de chambre de monsieur le roi, la somme de mil cinquante livres tournois, en six cents écus d’or, … tant pour le récompenser de ce qu’il nous a richement et somptueusement historié et enluminé les Grandes Heures pour notre usage et service…

En 2001, après plusieurs années de recherche, Michèle Bilimoff écrit  « En ces temps où nous cherchons à retrouver une nature longtemps négligée et souvent malmenée, un manuscrit du 16ème siècle, les Grandes Heures d’Anne de Bretagne, nous y invite. Commandité par une reine, admiré pendant des siècles par les privilégiés qui y ont eu accès, il présente au fil de ses pages trois cent trente-sept plantes, peintes avec réalisme, sur un fond d’or qui les glorifie… »

  • Les  éditions Ouest France publient en octobre 2001 les recherches de Michèle Bilimoff sous le titre « Promenade dans des jardins disparus ».
  • En 2010, l’éditeur espagnol MOLEIRO reproduit à 987 exemplaires le manuscrit enluminé conservé par la Bibliothèque Nationale de France à Paris (Cote : Lat.9474). A cette occasion, un volume commentaire en couleur de 400 pages est édité. Au cours d’une visite, Michèle Bilimoff nous a offert ce volume.
  • En 2011, quelques photos du Manoir de Merlin viennent illustrer le nouveau livre de Michèle Bilimoff aux éditions Ouest France « Les remèdes du Moyen Âge ».

Dès 2006, l’herbier d’Anne de Bretagne est étudié. Des plantes sont retrouvées à l’état sauvage dans des endroits épargnés par les traitements chimiques où biodiversité et équilibre de l’écosystème continuent de régner.

Dans le jardin médiéval du Manoir de Merlin, vous pourrez découvrir les plantes du Moyen Âge et leurs multiples usages : médicinales, condimentaires, textiles, tinctoriales … Pour certaines plantes, vous trouverez une fiche signalétique avec le dessin enluminé de la plante, son nom actuel, son nom en latin et l’ancien nom avec lequel elle est désignée en vieux français dans les « Grandes Heures ».

Au cours des ateliers pédagogiques proposés par le Manoir de Merlin, l’art du jardin au Moyen Âge sera abordé avec les élèves du cycle 3.

 

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